‘L’Événement’ et ‘Annette’, grands vainqueurs des Lumières 2022

BESTIMAGE | Anamaria Vartolomei et Audrey Diwan, avec les Lumières 2022 de la meilleure actrice et du meilleur film pour L'Événement
BESTIMAGE | Anamaria Vartolomei et Audrey Diwan, avec les Lumières 2022 de la meilleure actrice et du meilleur film pour L’Événement

VICENÇ BATALLA. Lors d’une cérémonie encore conditionnée par la pandémie, les prix Lumières de la presse étrangère en France ont couronné deux films anxiogènes comme l’époque, même avec des thématiques différentes : la lutte personnelle pour l’avortement soixante ans après de L’Événement, d’Audrey Diwan, d’après le livre autobiographique d’Annie Ernaux et Lion d’or a Venise ; et l’opéra pop Annette, de Leos Carax et livret des vétérans Sparks sur les dérives du show business, qui avait déjà reçu la meilleure mise en scène à Cannes. Par contre, d’autres films primés au festival cannois, comme Titane ou Onoda, ont fini avec des récompenses mineures ou aucune. Comme toujours, on adhère à certains choix de nos confrères et en même temps on regrette certaines absences.

Symbolique cette année, les vainqueurs de Cannes et Venise en 2021 étaient deux réalisatrices, et françaises tous les deux. Et l’Académie des Lumières, avant les César le 25 février, a tranchée comme meilleur film pour la deuxième, Audrey Diwan, et son drame L’Événement illuminé par une captivante Anamaria Vartolomei, qui a décroché aussi le trophée de la meilleure actrice. Titane, de Julia Ducournau, n’était même pas entre les cinq titres nominés dans la section principale. Il y a ici un pari pour une histoire ancrée dans le réel avec une grande puissance et répercussions dans l’actualité plutôt que pour la fable trash des temps modernes dirigée par Ducournau, qui c’est vrai joue trop avec les pièges du scénario. N’empêche que la révélation féminine soit bien méritée pour la transformiste Agathe Rousselle et un étonnant Vincent Lindon qui n’aurait pas démérité comme meilleur acteur.

CANAL+ | Ron et Russell Mael, les Sparks, remerciant par une vidéo à la cérémonie des Lumières le prix de la meilleure musique pour Annette
CANAL+ | Ron et Russell Mael, les Sparks, remerciant par une vidéo à la cérémonie des Lumières le prix de la meilleure musique pour Annette

L’autre gagnant de la soirée fût Leos Carax et son aventure hollywoodienne Annette avec les frères Sparks, Ron et Russell Mael, lesquels on peut considérer les co-auteurs de cette opéra pop parce qu’ils ont écrit musique et paroles. En fait, à Cannes ce sont eux qui sont montés sur scène pour récupérer la récompense du meilleur réalisateur par gentillesse de Carax. Et, à cette occasion, lui non plus n’était là, fidèle à sa réputation, même si les Mael ont envoyé une vidéo en remerciant le prix de la meilleure musique. Et, pour parachever ce conte crépusculaire portée solidement par Adam Driver et Marion Cotillard, il semble juste le prix de la meilleure image à Caroline Champetier, qui vient de loin, de Truffaut et Godard, et avait déjà officié dans le dernier Carax, le splendide Holy Motors.

C’est injuste, par contre, que l’introspective et atemporel Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, d’Arthur Harari, situé dans une île philippine et qui avait remporté la section cannoise Un certain regard, soit parti cette fois-ci les mains vides. Il n’était même pas nommé au meilleur scénario. Ce n’est pas que le vainqueur dans cette catégorie, Xavier Giannoli pour Illusions perdues, soit exempt des vertus, mais celui-ci est plutôt une adaptation dans le 19ème siècle d’une partie de la Comédie humaine de Balzac avec ses échos contemporaines sur l’argent facile et les fake news.

POL COSTA | Aghate Rousselle, avec son prix des Lumières de l'actrice révélation pour Titane
POL COSTA | Aghate Rousselle, avec son prix des Lumières de l’actrice révélation pour Titane

L’Événement, Annette, Illusions perdues et Onoda faisaient partie des finalistes du meilleur film, à côté d’un long-métrage manqué comme De son vivant, d’Emmanuelle Bercot. Toutes les promesses sur le vécu d’un patient de cancer terminal, interprété par un Benoît Magimel secondé par Catherine Deneuve, et les bons moments des répétitions théâtrales du premier, se volatilisent quand Bercot pousse sur la veine du mélo et on finit pour décrocher du film. L’interprétation moribonde lui a valu à Magimel le trophée du meilleur acteur, mais on le préfère dans la première partie.

Et on signale deux grandes absentes dans les principales catégories, en étant même pas nominées. On soupçonne le fait de n’avoir pas été primées à la Berlinale, pour Petit maman, dans le cas de Céline Sciamma, et non plus à Cannes, pour Bergman Island, dans celui de Mia Hansen-Løve. Sciamma a réussi avec son petit dernier film une vraie œuvre d’orfèvrerie sur les souvenirs de l’enfance, jonglant avec grande habilité dans les changements des temps et caractères. Hansen-Løve, de son côté, construit un film envoûtant dans un autre film dans une île cinéphile comme celle d’Ingmar Bergman, en Suède, et elle en sort gagnante avec sa protagoniste Vicky Krieps. D’ailleurs, la polyvalente Sciamma est aussi la scénariste de Les Olympiades, de Jacques Audiard, qui figurait comme nominé dans la mise en scène mais n’avait pas dans la réalisation la même audace.

Dans la section du premier film, il y avait de bonnes surprises. La meilleure, le fantastique rêve dans une cité de banlieue parisienne Gagarine, de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, qui transcende le réalisme pour l’amener dans une merveilleuse dimension poétique. De sa part, Les Magnétiques, de Vincent Maël Cardona, évoque le radios libres au début des années quatre-vingt avec une stimulante symbiose images-musique. C’est Gagarine qui l’a emporté, mais l’acteur Timothée Robart de Les Magnétiques a été primé comme révélation masculine.

Dans la coproduction internationale, où il n’avait pas été retenu malheureusement le beau Si le vent tombe, de la franco-arménienne Nora Martirosyan, c’est par logique qui s’est imposé Julie (en 12 chapitres), du norvégien Joachim Trier, avec la fraîcheur de cette psychanalyse d’une trentenaire incarnée par Renate Reinsve, prix de la meilleure actrice à Cannes.

CANAL+ | L'acteur Alseni Bathily et l'actrice Lyna Khoudri lisent le message de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, absents, en remerciement le prix des Lumières du meilleur premier film pour <em>Gagarine</em>
CANAL+ | L’acteur Alseni Bathily et l’actrice Lyna Khoudri lisent le message de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, absents, en remerciement le prix des Lumières du meilleur premier film pour Gagarine

Le Sommet des dieux, de Patrick Imbert, a remporté le prix de la meilleure animation pour sa superbe recréation du manga de Jirō Taniguchi sur un exploit fictif dans les plus hautes montagnes de l’Himalaya, même si La Traversée, de Florence Miailhe, a un charme spécial racontant en peinture animée un périple des migrants sur un continent imaginaire mais qui ressemble beaucoup à l’Europe actuelle.

Et, finalement, dans le chapitre toujours vaste du documentaire qui a moins de visibilité dans les salles commerciales, on est obligé de remarquer qu’ils ont resté dehors des nominations deux grands métrages qui nous racontent le monde d’aujourd’hui : En route pour le milliard, de Dieudo Hamadi, sur les blessés des guerres dans la République Démocratique du Congo face à un pouvoir sourd et aveugle ; et Il n’y aura plus de nuit,  d’Éléonore Weber, sur la vision en infrarouges depuis les avions et hélicoptères militaires américains au Moyen Orient et les frappes “par erreur”. C’est La Panthère des neiges, de Marie Amiguet et Vincent Munier, qui a été récompensé, avec des images d’animaux incroyables certes dans les plateaux tibétains, mais un bavardage excessif du photographe Munier et l’écrivain Sylvain Tesson. Entre les finalistes, on préférait Delphine et Carole insoumusses, de Callisto McNulty, où celle-ci suit l’épopée filmée du féminisme dans les années soixante-dix.

En tout cas, le commentaire de tous ces films nous a servi pour faire une rapide radiographie du cinéma français en 2021, qui a été par deuxième année d’affilée fortement perturbé pour le virus qui mute, et qui malgré tout, entre fermetures et plateformes, continue de donner signes de vie et de créativité. C’était le défi de ces prix des Lumières, avec l’enregistrement et diffusion de Canal+ en format restreint mais une partie importante des protagonistes présents.

Bilan d’UniFrance sur les films français à l’international en 2021

PALMARÈS PRIX LUMIÈRES 2022

Film
L’Événement – Audrey Diwan

Mise en scène
Annette – Leos Carax

Scénario
Xavier Giannoli Illusions perdues

Image
Caroline Champetier – Annette

Musique
Ron Mael et Russell Mael – Annette

Actrice
Anamaria Vartolomei – L’Événement

Acteur
Benoît Magimel – De son vivant

Revélation féminine
Agathe Rousselle – Titane

Revélation masculine
Thimotée Robart – Les Magnétiques

Premier film
Gagarine – Fanny Liatard et Jérémy Trouilh

Coproduction internationale
Julie (en 12 chapitres) – Joachim Trier 

Animation
Le Sommet des dieux – Patrick Imbert

Documentaire
La Panthère des neiges – Marie Amiguet et Vincent Munier

 

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