L’apéro littéraire d’Abel Cutillas

Abel Cutillas, essayiste, promoteur et anticonformiste littéraire, se lance dans une nouvelle aventure à Paris pour s'immerger dans les lettres du pays et établir un échange épistolaire avec lui-même entre le français et le catalan. Fondateur de la librairie Calders dans le quartier de Sant Antoni à Barcelone, polémiste du podcast Casablanca, auteur de l’hétérodoxe Desànim del lucre. Crítica de la ideologia cultural (Découragement du profit. Une critique de l’idéologie culturelle), Cutillas se plongera dans le milieu francophile pour continuer à pratiquer l'art de la contradiction, du questionnement et de l'insubordination. Une critique de la raison illustrée.

 

 

La fin de l’histoire : un déjeuner sur l’Opération Barbarossa avec Lasha Otkhmezuri

L’histoire ne s'arrête jamais, elle touche toujours à sa fin et c'est la faute des historiens. La fonction de l'histoire est de nous garder connectés au passé, et celle des historiens de la ramener au présent, de la resserrer : de tendre le fil, pas au sens aimable habituel. De temps en temps, l'équilibre des pouvoirs est rompu, puis le sol bouge et nous nous blessons. Un symptôme des périodes de crise est le sentiment que le présent s'accélère, c'est-à-dire qu'il devient immédiatement le passé, sous nos yeux, et que nous nous y engouffrons. Nous semblons être dans un de ces moments où la tragédie se transforme en comédie, et vice versa, en un instant, raccourcissant les tempos de Marx.

À mon avis, Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri ont fait un livre, Barbarossa  1941. La guerre absolue (Passés composés, 2019/Le livre de poche, 2021), qui transforme tous les ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale et celui de l’épisode Barbarossa* écrits jusqu'à présent en antiquités. Je l'ai expliqué dans un autre article au site Casablanca. Continuer la lecture...

Proust et la politique

Il est difficile de trouver un auteur chez qui la politique, l'histoire et la société jouent un rôle plus central et, en même temps, est lu d'un point de vue plus psychologique, mémorialiste et personnaliste. La réception de Marcel Proust (1871-1922) a été réduite à la dimension subjective, comme si ce qui était présenté dans son œuvre majeure (À la recherche du temps perdu, 1913-1927) était l'intérieur d'une âme humaine, immense, pleine de sensibilité, très riche en appréciation esthétique, mais prisonnière d’elle-même. Le temps, le temps qui passe, qui se perd et que le narrateur cherche et au bout du voyage, redécouvre, comme un temps personnel, intime, individuel, bref. Ce serait la présentation scolaire réductrice de Proust. Une lecture qui ne tient pas. Combien insoutenable est la réception esthétique, simplement précieuse, linguistique du roman, qui a fait tant de fortune. Continuer la lecture...

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