L’Apéro littéraire d’Abel Cutillas

Abel Cutillas, essayiste, promoteur et anticonformiste littéraire, se lance dans une nouvelle aventure à Paris pour s'immerger dans les lettres du pays et établir un échange épistolaire avec lui-même entre le français et le catalan. Fondateur de la librairie Calders dans le quartier de Sant Antoni à Barcelone, polémiste du podcast Casablanca, auteur de l’hétérodoxe Desànim del lucre. Crítica de la ideologia cultural (Découragement du profit. Une critique de l’idéologie culturelle), Cutillas plonge dans le milieu francophile pour continuer à pratiquer l'art de la contradiction, du questionnement et de l'insubordination. Une critique de la raison illustrée.

 

 

Germaine Gargallo et les peintres catalans de Montmartre

Germaine Gargallo est une figure de l'ombre de l’époque où la butte Montmartre et les artistes catalans qui y habitaient vivaient dans l’obscurité, littéralement. L’obscurité de la faim, du crime, de la misère et de la prostitution. Les folles années du tournant du siècle. Germaine Gargallo (1880-1948) est la femme qui occupa les pensées de Carles Casagemas, pensées qui le conduiront au suicide, la maîtresse de Manolo Hugué, l'amante et le modèle des tableaux les plus décharnés du premier Picasso à Paris et, enfin, l’épouse de Ramon Pichot. La muse bleue et rose des peintres de Montmartre, où la bohème a vécu son dernier souffle, avant de mourir de faim, et où a commencé l'explosion artistique qui allait changer le monde de l’art à jamais, avec Picasso en tête. Lire l'extrait...

Houellebecq disparu

Le symptôme le plus déconcertant de l'époque actuelle, au sens littéraire, est la disparition du livre blanc de Michel Houellebecq. Une disparition disproportionnée qui indique que quelque chose de grave se passe non seulement avec le livre et Michel, mais avec la littérature et la culture françaises en général. Lire l'extrait...

'Sostres. Baudelaire. Correspondances' (extrait éditorial)

À l'occasion du bicentenaire de la naissance de Charles Baudelaire (Paris, 1821-1867), notre collaborateur Abel Cutillas a publié à la fin de l'année dernière un essai qui pourrait en surprendre, voire en scandaliser plus d'un : Sostres. Baudelaire. Correspondances (Bon Port Edicions, 2011). Une comparaison littéraire et politique entre le furieux chroniqueur catalan Salvador Sostres (Barcelone, 1975), qui a traversé toutes les étapes idéologiques, de la gauche à la droite, de l'indépendance à sa moquerie, et le poète maudit qui, avec Les Fleurs du mal (1857), a bouleversé une société française puritaine pour qu'elle puisse entrer dans la modernité et perdre sa virginité. Une comparaison entre deux siècles que Cutillas, qui vit aujourd'hui à Paris, décortique en six chapitres dans lesquels il adopte un ton similaire à celui de ces deux enfants terribles, sans jamais perdre sa rigueur intellectuelle, en parlant de leur autodestruction et en ouvrant tous les débats possibles, on soit ou pas d'accord, pour contribuer à remettre en question des idées apprises. Nous publions les premières pages en catalan, avec notre propre traduction en français afin que le débat puisse également avoir lieu dans ces deux langues. Lire l'extrait...

Tosquelles, l'absent

Tout chercheur, tout biographe, a tendance, par la même nature des choses, à présenter son biographié comme quelqu'un qui a été négligé, oublié, quelqu'un à qui on n'a pas accordé suffisamment d'attention. Quel serait l'intérêt de son travail sinon ? C'est tellement normalisé et tellement vrai que je l'ai même trouvé comme point de départ dans la biographie officielle de Sartre.

Dans le cas de Francesc Tosquelles (Reus, Catalogne, 1912 - Granges-sur-Lot, Nouvelle Aquitaine, 1994), l'homme auquel Joana Masó a consacré ses recherches, il ne pouvait en être autrement. Cependant, ce n'est pas que les faits donnent raison à la chercheuse lorsqu'elle suggère que la figure de Toquelles est invisible, mais que dans le cas de Tosquelles l'invisibilité est une exagération. Le sien est un cas extrême. Continuer la lecture...

La fin de l’histoire : un déjeuner sur l’Opération Barbarossa avec Lasha Otkhmezuri

L’histoire ne s'arrête jamais, elle touche toujours à sa fin et c'est la faute des historiens. La fonction de l'histoire est de nous garder connectés au passé, et celle des historiens de la ramener au présent, de la resserrer : de tendre le fil, pas au sens aimable habituel. De temps en temps, l'équilibre des pouvoirs est rompu, puis le sol bouge et nous nous blessons. Un symptôme des périodes de crise est le sentiment que le présent s'accélère, c'est-à-dire qu'il devient immédiatement le passé, sous nos yeux, et que nous nous y engouffrons. Nous semblons être dans un de ces moments où la tragédie se transforme en comédie, et vice versa, en un instant, raccourcissant les tempos de Marx.

À mon avis, Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri ont fait un livre, Barbarossa  1941. La guerre absolue (Passés composés, 2019/Le livre de poche, 2021), qui transforme tous les ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale et celui de l’épisode Barbarossa* écrits jusqu'à présent en antiquités. Je l'ai expliqué dans un autre article au site Casablanca. Continuer la lecture...

Proust et la politique

Il est difficile de trouver un auteur chez qui la politique, l'histoire et la société jouent un rôle plus central et, en même temps, est lu d'un point de vue plus psychologique, mémorialiste et personnaliste. La réception de Marcel Proust (1871-1922) a été réduite à la dimension subjective, comme si ce qui était présenté dans son œuvre majeure (À la recherche du temps perdu, 1913-1927) était l'intérieur d'une âme humaine, immense, pleine de sensibilité, très riche en appréciation esthétique, mais prisonnière d’elle-même. Le temps, le temps qui passe, qui se perd et que le narrateur cherche et au bout du voyage, redécouvre, comme un temps personnel, intime, individuel, bref. Ce serait la présentation scolaire réductrice de Proust. Une lecture qui ne tient pas. Combien insoutenable est la réception esthétique, simplement précieuse, linguistique du roman, qui a fait tant de fortune. Continuer la lecture...

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