PRIX GONCOURT 2018

Nicolas Mathieu: “Il m’intéressait de montrer que nos parcours de vie sont conditionnés”

VICENÇ BATALLA | L'écrivain Nicolas Mathieu à la bibliothèque de l'Institut Français de Barcelone, en septembre dernier
VICENÇ BATALLA | L'écrivain Nicolas Mathieu à la bibliothèque de l'Institut Français de Barcelone, en septembre dernier

VICENÇ BATALLA. Il n’était vraiment pas le favori pour remporter le Prix Goncourt 2018, mais son histoire réaliste Leurs enfants après eux (Actes Sud) sur l’effondrement de la classe ouvrière dans le Grand Est de la France a séduit le jury. Avec son deuxième roman et à 40 ans, Nicolas Mathieu est finalement arrivé à faire de l’écriture son moyen de vie. Et, en moins d’un an, Mathieu a été propulsé à l’international et traduit dans de nombreuses langues, jusqu’à voir publié en espagnol, Sus hijos después de ellos (AdN). C’était l’opportunité d’avoir une conversation reposée avec lui, à l’Institut Français de Barcelone, dans une tournée qui était aussi passé par Málaga et Madrid.

Avec la traduction d’Amaya García Gallego, le travail de transmettre dans une autre langue le roman tient compte de l’utilisation importante de l’argot de la part de l’auteur. Et il y a une vraie partie de vécu personnel de Mathieu, issu d’une modeste famille d’Épinal, en Lorraine. D’abord considéré comme un écrivain de polars - son premier roman Aux animaux la guerre (Actes Sud) a été adapté pour lui même à la télévision-, cet deuxième opus adopte quelques registres du genre mais va au-delà pour peindre une société de province près du Luxembourg dans les années 90, dans des endroits inventés mais faciles à identifier comme des catastrophes industrielles. C'est le portrait d’une France sinistré. Lui, derrière ses lunettes et sa barbe de trois jours, joue avec ses protagonistes adolescents, en les traitant comme ses différents alter egos. Continuer la lecture...

LE QUIZ AUX FOUNDATEURS·TRICES D'ARTY FARTY (20 ANS APRÈS)

Vingt après la création d'Arty Farty comme collectif à Lyon dédié aux musiques électroniques et à l'art contemporain, l'équipe qui s'est élargie considérablement et a créée les incontournables Nuits sonores (28 mai-2 juin) avec des antennes internationales, la plateforme d'activistes European Lab et le réseau de festivals dans le continent We Are Europe fête ses deux décennies à l'Auditorium lyonnais. Un week-end (15-17 mars) à l'image d'eux-mêmes, avec l'investissement d'un espace symbolique pour le transformer en scène ouverte de musique, de performances, d'échanges et d'invention de nouvelles formes culturelles.

À l'affiche, une Nuit Immersive avec l'émission Tracks d'Arte et l'association pour la création Adami (la performance son-lumière m.o.m. de Thomas Laigle, le Club Kids LGBT de Marmoset & Tiggy Thorn, l'artiste cyborg catalane Moon Ribas et le live du parisien Molécule), une soirée Garçon sauvage (sets de l'hollandais Job Jobse et les lyonnais L'Homme Seul et Cornelius Doctor), un Arty Farty Club (sets du mystérieux américain Rrose et la figure locale P. Moore), un Extra! (avec blind-test de Nina & Simone et karaoké techno), un Mini sonore pour les plus petits, une conférence de l'auteure-compositrice-interprète Agnès Gayraud (La Féline/La dialectique de la pop, Philarmonie de Paris-La Découverte, 2018), un concert de l'Orchestre national de Lyon (dans le programme, la turntablist Shiva Feshareki et une pièce de John Adams) et, comme cerise sur le gâteau d'anniversaire, la première mondiale d'Arnaud Rebotini jouant la bande son de 120 battements par minute.

Le noyaux d'Arty Farty en 1999 était entièrement féminin: Cécile Chaffart, Violaine Didier et Frédérique Joly. Et organisait déjà un festival du même nom dans l'entrepôt qui deviendrait La Sucrière. À partir 2003, arrive l'ancien journaliste et disquaire Vincent Carry et propulse avec Didier, Joly, Agoria, Patrice Moore et Pierre-Marie Oullion la première édition des Nuits sonores. Il confie s'avoir inspiré du Sónar et l'exemple de la ville de Barcelone. Et, dans l'édito de la fête des 20 ans, reconnait que Lyon était "alors la capital de la répression anti-techno". L'objectif de déminer cette image était lancé et, aujourd'hui, on ne pourrait pas comprendre la ville sans la palette Arty Farty qui ratisse large. Ses responsables ont réussi à inscrire la métropole pas seulement comme une capitale de la musique électronique mais à la dynamiser culturellement en y intégrant les éléments de discussion de mode de vie et société qui vont avec. "Nous nous préparons à affronter les prochains vingt ans, avec beaucoup de volonté", résumait Carry dans la présentation du programme. Celles et ceux pionniers nous répondent sur des moments choisis dans ce quiz:

 

VIOLAINE DIDIER

Directrice artistique et coordinatrice

Quel a été le meilleur moment de ces 20 ans?

"Les premières éditions de Nuits sonores où tout était encore expérimental et où l’insouciance était notre moteur".

Le moment le plus dur?

"Arrêter Nuits sonores Tanger".

Un·e artiste spécial·e?

"Michael Rother (Neu!), une de ces rencontres qui lie deux personnes qui parviennent à se comprendre parfois sans mots dire".

Un voyage pas comme les autres?

"Rouler toute la nuit pour rejoindre Glasgow en pleine tempête pour cause de vol annulé afin d’organiser l’une des plus belles Carte Blanche de Nuits sonores".

Un souhait?

"Développer les projets d’intérêt général pour qu’Arty Farty contribue, grace à la culture, à soutenir les causes qui lui sont chères".

FRÉDÉRIQUE JOLY

Directrice générale adjointe

Quel a été le meilleur moment de ces 20 ans?

"Il n’y a pas eu 1 moment, il y a eu 1000 moments, c’est impossible d’en désigner un en particulier. L’histoire d’Arty Farty s’est construite sur des envies, des convictions, de la détermination, et surtout beaucoup d’audace et de goût pour l’aventure collective. Mes meilleurs moments sont autant de moments d’équipe, où tout à coup on s'enthousiasme sur un projet, une idée, que de moments publics, de petits matin de Nuits sonores, d’espace public en liesse jusqu’à des moments fondateurs de notre histoire depuis 20 ans : la création de Nuits sonores bien sûr, mais ensuite l’ouverture du Sucre ou du restaurant à la Piscine. Enfin, ce sont toutes les rencontres et collaborations incroyables à l’international, à Tanger, à Bogota, ou dans le cadre de notre coopération We Are Europe".

 

Le moment le plus dur?

"Sans aucun doute le moment où on a décidé de renoncer à Nuits sonores Tanger faute de soutien politique et financier. Parce que ce projet était un retour aux fondamentaux, à ce que nous partagions tous : l’envie de produire un festival qui mélange les publics, gratuit, ouvert à tous, qui voulait créer un pont entre les jeunesses du Maghreb et les jeunesses européennes. A contrepied totalement des festivals d’hôtels qui se sont multipliés par la suite. Ce festival avait tellement de potentiel et portait tellement de valeurs positives, il nous a inspiré et marqué jusque dans nos programmations. Sur Nuits sonores Lyon bien sûr, mais aussi dans d’autres projets européens ou internationaux. Pour moi ça reste la plus douloureuse des décisions".

Un·e artiste spécial·e?

"Schneider TM. Parce que j’écoutais sa reprise des Smiths en boucle quand on a lancé le tout premier festival Arty Farty, qu’il est venu jouer plusieurs fois au tout début. Bref, il incarne pour moi le début de l’histoire, un sentiment à la fois nostalgique et merveilleux, parce qu’on ne savait pas du tout alors ce que tout ça allait devenir… 

Sinon, Jennifer Cardini, parce qu’elle a suivi un peu comme Laurent Garnier, les différentes étapes de notre histoire, elle a joué à Nuits sonores plusieurs fois, elle a joué aux Echos sonores, elle est venu avec nous à Bogota, elle joue au Sucre aussi régulièrement. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup et je suis très heureuse qu’elle termine la nuit 4 de Nuits sonores cette année".

Un voyage pas comme les autres?

"Nuits sonores Séoul, parce qu’on avait la peur au ventre, peur de ne pas trouver le public, peur que ce soit super dur pour les artistes. Et puis, finalement, le projet, les lieux, les artistes, tout était bien, notre collaboration avec les équipes là-bas a été formidable. Ça reste pour moi un souvenir très précieux et aussi un moment très fort partagé entre les membres de notre petite délégation".

Un souhait?

"Qu’on reste audacieux toujours !".

VINCENT CARRY

Directeur général

Quel a été le meilleur moment de ces 20 ans?

"Il y en a eu beaucoup et je crois qu’il est impossible de n'en citer qu’un seul !
Mais je pense que l’événement qui a le plus marqué l’équipe c’est le festival Nuits Sonores Tanger.
Pendant trois années, Arty Farty s’est impliquée dans ce projet incroyable, entièrement dédié à la jeunesse marocaine, avec une programmation européenne et méditerranéenne passionnante, une effervescence inédite et beaucoup d’émotions.
Nous avons vécu des moments extraordinaires dans cette ville, historiquement et géographiquement si symbolique".

 

Le moment le plus dur?

"Le mois qui a précédé la première édition de Nuits sonores à Lyon. Nous étions sûrs que nous préparions un beau projet, nous nous battions pour lui, nous avions envie de le partager avec tout le monde. Mais la pression était énorme et il fallait que notre intuition s’avère juste ! Beaucoup de gens nous attendaient et voulaient voir ce que ça allait donner. Il y a avait une pression culturelle, médiatique, etc… très forte. Il fallait tout inventer, tout écrire et nous proposions un modèle de festival très différent, inédit. Il était très difficile de tout anticiper ! Notamment de savoir comment allait fonctionner cette idée d’inviter des dizaines de milliers de personnes à faire la fête dans notre ville, à Lyon, et d'en prendre les clés. C’était un stress énorme. Nous avons tous perdu 10 kilos et pas dormi pendant 6 mois ! C’est notamment cette expérience très étrange qui m’avait inspiré le titre de notre livre Nuits sonores, 10 ans sans dormir".

Un·e artiste spécial·e?

"Sans aucune hésitation : Laurent Garnier. Il a été et il reste une figure majeure de notre histoire. Un ami, une icône du festival, un artiste dont nous respectons et partageons à 100% l’éthique et l'intégrité. Il a joué sur les 15 dernières éditions de Nuits sonores, dans tous les formats possibles : dj, back to back, live, ciné-concert, pour les enfants, etc… Il a aussi été une figure majeure des Echos sonores, et bien entendu un pilier de la programmation et de la vie du Sucre. Au-delà de cette présence et de cette fidélité, c’est aussi une personne qui nous a beaucoup aidés, conseillés, dont nous avons toujours écouté les points de vue avisés, en particulier lorsqu’ils étaient critiques".

Un voyage pas comme les autres?

"Le fantastique voyage de Nuits sonores et European Lab à Séoul, il y a deux ans, dans le cadre des années croisées France-Corée du Sud.
À la fois une expérience humaine merveilleuse pour la petite équipe que nous étions sur place, mais aussi un feeling très proche du Lost in translation de Sofia Coppola. Les bruits de la ville, les parfums, la rythmique, la beauté, la cuisine, la musique… une incroyable histoire d’amour avec cette ville, qui suscite une grande et belle nostalgie".

 

Un souhait?

"Continuer à se battre pour l’indépendance totale et sans réserve d’Arty Farty. En faire une structure culturelle européenne de référence, libre et engagée, respectueuse, ouverte, consciente. Solide face au contexte de société que nous devons affronter : les enjeux sociaux et sociétaux de la culture, la rupture démocratique, le péril environnemental, au sens le plus large. Une structure enfin engagée dans la construction de la culture de demain et l’accompagnement des générations émergentes d’artistes et d’acteurs culturels".

24 LUMIÈRES DE LA PRESSE INTERNATIONALE

THIERRY RAMBAUD | Le réalisateur Jacques Audiard, à la céremonie des Lumières à l'Institut du Monde Arabe le passé 4 février
THIERRY RAMBAUD | Le réalisateur Jacques Audiard, à la céremonie des Lumières à l'Institut du Monde Arabe le dernier 4 février

Jacques Audiard ramasse les prix pour 'Les frères Sisters'

Au cours de la cérémonie des Lumières de la Presse Internationale, aux meilleurs films français de l'année 2018, Jacques Audiard a ramassé trois des principaux prix pour The Sisters brothers (Les frères Sisters) malgré que le film soit une production entièrement en anglais. Déjà auréolé avec le Lion d'Argent du Meilleur Réalisateur à la Mostra de Venise, Les frères Sisters a obtenu les prix du meilleur film, meilleur réalisateur et meilleure image (Benoît Debie).

Les choix des 72 membres de 20 pays différents de l'Académie des Lumières (dont nous en faisons partie) ont été plutôt conservateurs, laissant sur le chemin d'autres films qui méritaient aussi de décerner une récompense. Même si la catégorie de Premier Film réunissait des petits bijoux qui ouvrent des nouvelles voies au cinéma français.

La cérémonie à l'Institut du Monde Arabe de Paris a été en même temps l'occasion pour rendre des hommages à la muse Jane Birkin (avec une réaction qu'on attendait un peu moins timide de la part du public) et Claude Lelouch et les deux protagonistes d'Un homme et une femme plus de 50 ans après: Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant (ce dernier téléphoniquement). Lelouch a déjà tourné avec Aimée et Trintignant une troisième partie Les plus belles années, qui sortira prochainement. On attend maintenant le jugement de l'Académie des César le 22 février.

PALMARÈS

Film
Les Frères Sisters, de Jacques Audiard                                                             

Réalisateur
Jacques Audiard – Les Frères Sisters                                                             

Actrice
Elodie Bouchez – Pupille                                                                                                                         

Acteur
Alex Lutz – Guy                                                                                                                                                                                     

Scénario
Pierre Salvadori, Benoît Graffin et Benjamin Charbit – En liberté !
                                                            
Image
Benoît Debie – Les Frères Sisters                                                                                           

Musique
Vincent Blanchard et Romain Greffe – Guy

Révélation féminine
Ophélie Bau – Mektoub My Love

Révélation masculine
Félix Maritaud – Sauvage                                                                                                                         

Premier film
Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand                                                             

Pays francophones
Girl, de Lukas Dhont (Belgique)
                                                                                          
Documentaire
Samouni Road, de Stefano Savona                                                                                           

Animation
Dilili à Paris, de Michel Ocelot

 

ÉMISSION SPÉCIALE DU FESTIVAL DE CINEMA

Lumière 2018: Un autre regard

Émission spéciale résumé du Festival Lumière 2018 à Lyon, coordonnée et présenté par Vicenç Batalla et réalisé par Visual Solutions avec des images d'Irina Gibert et Luis Carballo. Vous y trouverez des interviews et déclarations de Thierry Frémaux, Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón, Daniela Michel, Douglas Trumbull, Bertrand Tavernier, Claude Lelouch, Monica Bellucci, Javier Bardem, Jerry Schatzberg, Liv Ullmann, Jane Fonda...

 

LA VIDÉO-CHRONIQUE QUOTIDIENNE

Épisode 8: Jane Fonda dit adieu au Festival Lumière avec 'Les raisins de la colère' où son père Henri Fonda joue un héros prolétaire

Épisode 7: Jane Fonda affirme que Trump souffre de Post-Traumatic Stress Disorder (PTSD) et avoue n'avoir jamais eu envie d'être réalisatrice

Épisode 6: Le Prix Lumière 2018 à Jane Fonda et sa master class contre le patriarcat du gouvernement aux États Unis

Épisode 5: Le film inédit d'Orson Welles 'The other side of the wind', l'arrivée accidentée de Peter Bogdanovich et le free jazz

Épisode 4: Alfonso Cuarón et son 'Roma' sur un grand écran qui donne la voix aux plus démuni·es du Mexique

Épisode 3: Douglas Trumbull, le monsieur des effets spéciaux de '2001', mais aussi 'Rencontres du troisième type', 'Blade Runner'...

Épisode 2: Une journée avec Liv Ullmann, la muse d'Ingmar Bergman mais beaucoup plus

Épisode 1: L'inauguration et des interviews à Claude Lelouch, Guillermo del Toro, Javier Bardem, Monica Bellucci, Bertrand Tavernier et Jerry Schatzberg

Épisode 0: Le dixième Festival Lumière, Cannes et Netflix

VICENÇ BATALA. Bienvenu·es à la chronique quotidienne du Festival Lumière 2018 (13-21 octobre) en version vidéo grâce aux copains d'Unimage Communications (Irina Gibert et Luis Carballo). Dans cette épisode 0, on présente le festival des festivals où il est né le cinéma en 1895: les Anciens Usines Lumière à Lyon. Cette dixième édition a comme invitée d'honneur pour recevoir le Prix Lumière l'égérie Jane Fonda. Et on assiste au chapitre 2.5 des tumultueuses relations entre l'industrie du cinéma français et Netflix. Le directeur de l'Institut Lumière et du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, a réussi à programmer trois séances du récemment Lion d'Or à Venise Roma du mexicain Alfonso Cuarón qui, distribué par Netflix, ne sortira pas en salles françaises. Et aussi le film inédit d'Orson Welles The other side of the wing, acheté par Netflix. Et qui était retiré du dernier Festival de Cannes par la compagnie du net parce qu'on ne lui a pas accepté Roma en compétition. Un début pour réamorcer les relations? "On attend le chapitre 3 à Cannes 2019", Frémaux dixit.

 

FESTIVAL LUMIÈRE 2017

VICENÇ BATALLA | Le président de l'Institut Lumière, Bertrand Tavernier, et le primé 2017, Wong Kar-wai, avant la conférence de presse
VICENÇ BATALLA | Le président de l'Institut Lumière, Bertrand Tavernier, et le primé 2017, Wong Kar-wai, avant la conférence de presse

Transcription de la conférence de presse en son intégralité du Prix Lumière 2017, le hongkongais Wong Kar-wai, en catalan et espagnol