PRIX LUMIÈRE 2020

Jean-Pierre et Luc Dardenne : “Les enfants et les petits-enfants de nos documentaires sont dans nos films d’aujourd’hui”

OLIVIER CHASSIGNOLE/INSTITUT LUMIÈRE | Jean-Pierre et Luc Dardenne en recevant le Prix Lumière 2020, le 16 octobre à Lyon
OLIVIER CHASSIGNOLE/INSTITUT LUMIÈRE | Jean-Pierre et Luc Dardenne en recevant le Prix Lumière 2020, le 16 octobre à Lyon

VICENÇ BATALLA. Le dispositif cinématographique des frères Dardenne est si difficile à dévoiler comme la distinction entre Jean-Pierre et Luc, l’aîné et le cadet. C’est un peu comme distinguer l’un de l’autre quand o  les croise. Au Festival Lumière de Lyon 2020 (10-18 octobre), ils ont reçu le prix d’honneur dans une étrange édition dans laquelle le réel à rattrapé la fiction pour plusieurs raisons. Mais avec la chance de l’avoir pu célébrer entre deux vagues de coronavirus. À travers ses présentations, sa master class, ses discours à la remise du prix et sa conférence de presse ont a pu déceler ce mécanisme si précis qui transforme des épisodes de vie des gens ordinaires en bouffées d’air frais et qui ont fait de son cinéma une marque distinctive où on se croit immergé dans la même histoire que les personnages. Ce ne sont pas des documentaires, mais ils ont leur force en profitant de toutes les possibilités de ces images projetées qui ont inventé les frères Lumière il y a 125 ans.

Ce n’est pas par hasard s’ils font partie du réduit club de cinéastes qui ont gagné deux Palmes d’or (Rosetta, 1998; L’enfant, 2005). On a eu l’opportunité de découvrir dans une rétrospective inédite presque tous ses documentaires de fin des années soixante-dix, début des années quatre-vingt quand ils sont revenus à sa ville natale belge de Seraing, dans la banlieue de Liège, pour témoigner d’un désœuvrement de la population après la crise industrielle et que sa caméra n’a plus quittée. En rendant universel ce quotidien si personnel et si particulier. Un frémissement même à traversé le dernier week-end du festival quand on a appris l’assassinat du professeur Samuel Paty dans la banlieue de Paris égorgé par un fanatique religieux pour avoir montré les caricatures de Mahomet dans son cours. Pas loin de ce que raconte Le Jeune Ahmed (Prix de la mise en scène à Cannes en 2019), le dernier film des frères Dardenne, qui a comme protagoniste un jeune garçon à Seraing fanatisé par un imam qui veut tuer sa professeure. Continuer la lecture...

CINÉMA

Aurel et Bartolí, les dessins de ‘Josep’ pour survivre

VICENÇ BATALLA | Aurel, devant l'affiche de son film Josep dédié à Josep Bartolí au cinéma Le Castillet de Perpignan
VICENÇ BATALLA | Aurel, devant l'affiche de son film Josep dédié à Josep Bartolí au cinéma Le Castillet de Perpignan

VB. Le film d’animation Josep, de Aurel, continue le travail de mémoire de la Retirada mais d’une manière assez originale parce que son personnage central est le peintre et illustrateur Josep Bartolí (Barcelona, 1910-New York, 1995), dont on n’arrête de révéler des surprises. Le dessinateur politique Aurel (Le Monde, Politis, Le Canard Enchaîné…) en extrait un portrait réaliste et impressionniste, à l’instar des caricatures et croquis que Bartolí avait lui-même réalisés pendant son passage par tous ces camps d’internement du Roussillon. Raison pour laquelle il avait été sélectionné au Festival de Cannes 2020 qui n’a pas eu lieu mais dont il a reçu le label officiel.

Sur ce sauf-conduit, le long-métrage sort en salles en France le 30 septembre en attendant son arrivée en Espagne le 4 décembre. Auparavant il a été montré symboliquement à Perpignan début septembre. Nous on a pu converser avec Aurel sur ce premier long-métrage, qui compte en plus avec la voix de Sergi López et la musique de Sílvia Pérez CruzContinuer la lecture...

PHOTOGRAPHIE

Peter Turnley : “Avec le Covid et le masque, jamais les yeux n'ont été aussi importants”

PETER TURNLEY | Nora, une des personnes que se sont mobilisées chaque soirée dans l'angle de la rue 77 avec Lexington comme remerciement au personnel de l’hôpital Lenox Hill, photo de l'exposition Le visage humain du Covid-19 à New York de Visa pour l'image
PETER TURNLEY | Une des photos de l'exposition Le visage humain du Covid-19 à New York de Visa pour l'image

VB. Après avoir couvert comme photographe la plupart des événements les plus importants des dernières quarante ans, Peter Turnley (Fort Wayne, Indiana, 1955) s’est trouvé bloqué à New York en mars 2020 en plein confinement par le coronavirus. Comme réaction, il a décidé de sortir chaque jour pendant plus de deux mois pour témoigner d’un monde qui avait changé tout d’un coup et partout. Et, par la première fois, a tenu un journal de ses impressions et les protagonistes qu’il photographiait. Fin mai, cette américain avec la nationalité française débarquait chez lui à Paris et continuait ce journal d’images et textes personnels. Il en a fait le livre Un journal visuel Paris-New York. Le visage humain du Covid-19, qui s’arrête fin juillet une fois le déconfinement s’est généralisé en France. Au Visa pour l’image de Perpignan (jusqu’à le 27 septembre) on a pu voir la première partie new-yorkaise, composée d’une cinquantaine de photographies en noir et blanc. Continuer la lecture...

PHOTOGRAPHIE

La résilience de Visa pour l’image 2020

TIMOTHY A. CLARY/AFP | Une femme masquée passe devant ce graffiti peint dans un mur à New York, en une image du 22 avril 2020 présent à l'exposition Pandèmie(s)
TIMOTHY A. CLARY/AFP | Une femme masquée passe devant ce graffiti dans un mur à New York, image du 22 avril 2020 présent à l'exposition Pandèmie(s)

VB. Pas de projections publiques dans le Campo Santo, pas de rencontres dans l’auditorium du Palais des congrès, un peu moins d’expositions et presque toutes concentrées sur le couvent des Minimes et l’église des Dominicains et moins présence de photographes internationaux·les in situ, mais le Visa pour l’image de Perpignan 2020 aura bien lieu du 29 août au 27 septembre. La pandémie du coronavirus n’a pas endigué la célébration de cette 32 édition dans la ville catalane qui a adapté l’organisation aux aléas sanitaires.

L’actualité de la Planète en fait plus nécessaire que jamais ces images quand la mobilité est fortement réduite mais les conflits, les violences et les injustices ne s’arrêtent pas. Du Covid-19 aux manifestations anti-racistes aux États-Unis, du mouvement à Hong-Kong contre la mainmise chinoise aux sinistres effets de l’homme sur l’environnement, en passant par la vision sur l’Afrique du vainqueur du World Press Photo, le rendez-vous du photojournalisme témoigne une année de plus de l’état du monde. Avec une cohabitation, d’ailleurs, avec une mairie d’extreme-droite récemment élue. Panoramique, avec cliché cas par cas, de chacune de ces vingt expositions. Continuer la lecture...

ESSAI INÉDIT 'FONDU AU NOIR', DE RAFAEL VALLBONA

Epilogue. ‘No future’; un punk philosophique

ALBERT SALAMÉ/VILAWEB | Manifestant dans la place de la Vila de Gràcia de Barcelona avec un affiche de rejet fusionnant les paroles Covid et capitalisme, et un membre de la police catalane prenant note de son identité
ALBERT SALAMÉ/VILAWEB | Manifestant dans la place de la Vila de Gràcia de Barcelona avec un affiche de rejet fusionnant les paroles Covid et capitalisme, et un membre de la police catalane côntrolant son identité

L'écrivain et journaliste catalan Rafael Vallbona s'est inspiré pendant le confinement dû au coronavirus de sa vie pour réaliser un parcours tant personnel que historique et politique d'une génération, depuis les années soixante jusqu'à maintenant, quand cette génération se voit condamnée à une auto-désintégration lors qu'elle avait l'âge de pouvoir prendre la retraite avec de la tranquillité et la sérénité. Dix chapitres inédits qui ont été publiés entre mai et juin par parisBCN dans sa version originale catalane et une traduction simultanée en espagnol. Et pour donner un aperçu, quand on arrive à la fin, on offre aussi une version française de l'épilogue. Une manière de refermer cette chronique générationnelle d'un monde qui ne sera plus jamais comme avant.

MANIFESTE

La culture, la quarantaine et l’estocade

VB. Parmi les prochains rendez-vous auxquels nous devions assister en tant que parisBCN, il y avait les Rencontres de Toulouse Cinélatino la deuxième quinzaine de mars. Sûrement, le rencontre de référence pour le cinéma latino-américain en Europe où pas seulement sont présentés des films sinon qu’on cherche financement pour de nouveaux projets au milieu d’une ambiance populaire héritier de cet événement qui a débuté aux années quatre-vingt avec d’exilés des dictatures sud-américaines. Et qu’on continue, avec l’historique Cinémathèque de Toulouse comme axe, grâce à la collaboration enthousiaste de dizaines de volontaires. Le président du festival, Francis Saint-Dizier, médecin lui-même, s’est trouvé avec l’obligation de l’annuler totalement malgré qu'au début on essayait encore de conserver au moins les projections. Et même si on devait le faire sans invités internationaux, sans compétition et jury, sans les habituels concerts gratuits, sans la cantine pour tous les participants. À la fin, même cette version réduite a été impossible à cause des mesures du gouvernement français, pour combattre le coronavirus, limitant les réunions dans tout le pays à un maximum de cent personnes.

Celui-ci est seulement un des milliers de cas d’annulations en cascade dans le monde de la culture en France, en Catalogne, en Espagne, en Europe, dans toute la planète. Des programmations spéciales une fois l’année, mais aussi des programmations régulières pendant toute la saison. Une catastrophe pour un secteur économique déjà précaire et qui, au moment de se relever et de recevoir des aides, est toujours le dernier appelé. Et je rappelle que j’écris quand même ces lignes depuis un pays avec une sensibilité spéciale comme la France. Continuer la lecture...

 

CINÉMA

Un Festival de Cannes 2020 sous étiquette

Le logo de la Palme d'or du Festival de Cannes que pour cette 73 édition n'aura pas de vainqueur
Le logo de la Palme d'or du Festival de Cannes que pour cette 73 édition n'aura pas de vainqueur

VB. En manque de festival à La Croisette à cause du coronavirus, les responsables de l'événement du cinéma d'auteur de référence dans le monde ont fait connaître la sélection d'environ d'une demi-centaine de films qu'ils avaient choisis pour sa 73 édition en mai. Sous l'étiquette Sélection officielle du Festival de Cannes, les long-métrages sortiront dans les salles commerciales de toute la planète au fur et à mesure que celles-ci rouvrent et, même, pourront aller en compétition dans les festivals de Saint Sébastien et Toronto en septembre. Continuer la lecture...

CINÉMA

Nouvelle vie hybride pour le festival Ohlalà! des films francophones à Barcelone

ARCHIVE | Inauguration du festival Ohlalà! en 2019, à l'auditorium de l'Institut français de Barcelona
ARCHIVE | Inauguration du festival Ohlalà! en 2019, à l'auditorium de l'Institut français de Barcelona

VB. Quand on parle de se réinventer dans la culture, à cause de la pandémie, c’est encore plus curieux pour un festival si jeune comme le Ohlalà! de cinéma francophone à Barcelone. Sa troisième édition devait se célébrer milieu mars, mais les organisatrices ont eu le réflexe de le reporter en octobre avant qu’il ne tombe sur elles le confinement. Et, sept mois après, présentent une programmation hybride, moitié présentielle moitié online avec la plateforme Filmin, qui leur permet en tout cas de donner à connaître 16 films inédits en salles catalanes et espagnoles dans sa grande majorité. L’Institut français de Barcelone accueille l’inauguration le premier octobre, avec La Belle époque de Nicolas Bedos, et toute la programmation présentielle sauf l’ouverture pour la rétrospective de Nathalie Baye qui se fait pour la première fois à la Filmoteca de Catalunya. Entre-temps, il y a neuf long-métrages à compétition qui viennent de la France, la Belgique, la Suisse, le Québec et la Tunisie. Continuer la lecture...

CINÉMA

Bertrand Tavernier : “On assiste au retour de la liste noire, avec le politiquement correct”

VICENÇ BATALLA | Le réalisateur et critique de cinéma Bertrand Tavernier, au Festival Lumière de Lyon 2019
VICENÇ BATALLA | Le réalisateur et critique de cinéma Bertrand Tavernier, au Festival Lumière de Lyon 2019

VB. La figure longiligne, imposante et chaleureuse de Bertrand Tavernier me reçoit dans les coulisses du village du Festival Lumière, installé dans les jardins à côté Le Hangar du Premier-Film. On a au maximum une demi-heure, et on doit aborder les milles pages de la nouvelle version du livre Amis américains. Entretiens avec les grands auteurs d’Hollywood (Institut Lumière-Actes Sud, 2019), que le critique, metteur en scène et passionné du cinéma outre-Atlantique a révisé une deuxième fois depuis 2003. Avec une nouvelle conversation comme introduction par le directeur de l’Institut Lumière, Thierry Frémaux. Tavernier, d’ailleurs, est le président de l’Institut et du Festival Lumière.

À ses 78 ans (Lyon, 1941), les connaissances encyclopédiques de ce  fils de la ville où il a débuté sa carrière cinématographique avec L’Horloger de Saint-Paul (1974) pourraient nourrir une conversation à l’envi. Il y a aussi la matière de Voyages à travers le cinéma français, (Gaumont, 2018) une série documentaire en 8 épisodes dans un itinéraire sentimental et érudit sur ce qu’il y a de mieux dans la production du pays entre les années trente et soixante-dix du dernier siècle.

Mais Tavernier n’est pas un passéiste et a aussi un regard affuté sur la production actuelle. Ce qui donne lieu, dans cet interview, a des véritables échanges sur Coppola, Scorsese, Tarantino et toute la tradition qui a pu les nourrir. Du séminal John Ford à des noms moins connus comme William Witney. Et qui débouche, à part la farouche critique à la Marvel, sur une acide réflexion sur quelles pourraient être les listes noires d’aujourd’hui. Et on les trouve là-bas où on ne s’attendait pas. En fait, écrire l’histoire du cinéma est aussi une affaire politique. Et Tavernier ne veut pas qu’elle soit instrumentalisée. Voici son avis. Continuer la lecture...

DIRECTEURS DU FESTIVAL OUI ! DE THÉÂTRE EN FRANÇAIS À BARCELONE

Mathilde Mottier/François Vila : “Nous avons beaucoup de francophones, mais une majorité de francophiles !

TYPHAINE MAUGET | Mathilde Mottier et François Vila, fondateurs et directeurs du Festival Oui ! avec l'affiche 2020 signé Oscar Llobet
TYPHAINE MAUGET | Mathilde Mottier et François Vila, fondateurs et directeurs du Festival Oui ! avec l'affiche 2020 signé Oscar Llobet

VB. Les promoteurs enthousiastes Mathilde Mottier et François Vila mènent depuis quatre ans l’aventure du Festival Oui ! de théâtre français à Barcelone. Il y a eu même une édition de théâtre catalan à Paris du festival. Depuis 2017 cette expérience, qui a comme points d'ancrages l'Institut del Teatre et l’Institut français de Barcelone mais s’est élargie à d’autres salles et espaces de la ville, a contribué à faire connaître des compagnies de l’autre côté des Pyrénées. Et maintenant donne aussi ses fruits avec des échanges entre compagnies des deux pays.

Cette nouvelle édition (4-16 février) s’axe sur les migrations avec plusieurs pièces sur cette thématique, mais s’ouvre à d’autres problématiques et sensibilités et s’adresse aussi à un public pour enfants. Dans les versions catalane et espagnole du site, nous racontons la programmation avec tous les détails. Mais voici pour mieux comprendre sa démarche les réponses de Mottier et Vila à nos questions. Continuer la lecture...

DOSSIER

L’appel d’urgence des indépendants de la culture à l’Europe

ARCHIVE | Un rencontre précédent de l'European Lab d'Arty Farty, à l'origine de L'Appel des indépendants de la culture en France
ARCHIVE | Un rencontre précédent de l'European Lab d'Arty Farty, à l'origine de L'Appel des indépendants de la culture en France

VB. La culture est la grande oubliée de la crise du coronavirus en Europe. Dans le nouvel instrument de relance européenne pour faire face aux ravages de la pandémie, Next Generation EU, il n’est écrit nulle part le mot culture et on ne sait pas si des aides directes seront accordées au secteur. Comme un moindre mal, dans le budget pluriannuel 2021-27 arraché in extremis dans un sommet anxiogène en juillet, le seul programme spécifique Europe Creative sauve sa contribution de 1,64 milliards d’euros. Mais ce montant ne représente que 0,15 % du total du budget. Un paradoxe quand le secteur emploie une dizaine de millions de personnes dans l’UE (2,7 %) et les prévisions alertait sur la perte de 80 % de son chiffre d’affaires le deuxième trimestre. Depuis Lyon, un des noyaux d’agitation locale qui lutte pour sa survie, a surgi en mars L’Appel des indépendants de la culture qui relaye déjà 1.600 structures et médias dans 165 villes en France et qui organise à l'octobre des États Généraux à Lyon même avant d'un rencontre européen à Bruxelles. Comme un rappel que sans culture, il n’y a pas d’Europe. Continuer la lecture...

AUTEUR DU ROMAN 'LE GHETTO INTÉRIEUR'

Santiago H. Amigorena : “La douleur et le silence de mon grand-père sont les miens”

VICENÇ BATALLA | L'écrivain Santiago H. Amigorena, à la Fête du livre de Bron en février
VICENÇ BATALLA | L'écrivain Santiago H. Amigorena, à la Fête du livre de Bron en février

VB. Il a fallu attendre Le Ghetto intérieur (P.O.L., 2019), finaliste du Prix Goncourt, pour attirer un peu plus l’attention sur l’écrivain après des années d’une oeuvre personnelle plutôt confidentielle. Santiago H. Amigorena (né à Buenos Aires en 1962) a d’abord gagné sa vie notamment comme scénariste de cinéma, aux côtés de réalisateurs comme Cédric Klaplish, même si, lui aussi, s’est essayé à l’exercice. Exilé en France avec ses parents argentins à cause de la dictature quand il n’avait que onze ans, sa vie et son identité sont restées pour toujours partagées entre ces racines sud-américaines et sa formation littéraire française. Un exil comme un voyage de retour de sa famille juive originaire d’Europe de l’Est, qui l’a porté à imaginer quelle avait été la raison de la culpabilité et le silence de son grand-père Vicente Rosenberg qui, arrivé en Argentine en 1928, avait laissé derrière lui sa mère et son frère à Varsovie, et qu’il ne revît jamais, éliminés par les nazis. C’est ce silence qui forme ce ghetto intérieur, dans lequel se projette Amigorena en croisant ces deux exilsContinuer la lecture...

PRIX GONCOURT 2018

Nicolas Mathieu : “Il m’intéressait de montrer que nos parcours de vie sont conditionnés”

VICENÇ BATALLA | L'écrivain Nicolas Mathieu à la bibliothèque de l'Institut Français de Barcelone, en septembre dernier
VICENÇ BATALLA | L'écrivain Nicolas Mathieu à la bibliothèque de l'Institut Français de Barcelone, en septembre dernier

VB. Il n’était vraiment pas le favori pour remporter le Prix Goncourt 2018, mais son histoire réaliste Leurs enfants après eux (Actes Sud) sur l’effondrement de la classe ouvrière dans le Grand Est de la France a séduit le jury. Avec son deuxième roman et à 40 ans, Nicolas Mathieu est finalement arrivé à faire de l’écriture son moyen de vie. Et, en moins d’un an, Mathieu a été propulsé à l’international et traduit dans de nombreuses langues, jusqu’à voir publié en espagnol, Sus hijos después de ellos (AdN). C’était l’opportunité d’avoir une conversation avec lui, à l’Institut Français de Barcelone.

Avec la traduction d’Amaya García Gallego, le travail de transmettre dans une autre langue le roman tient compte de l’utilisation importante de l’argot de la part de l’auteur. Et il y a une vraie partie de vécu personnel de Mathieu, issu d’une modeste famille d’Épinal, en Lorraine. D’abord considéré comme un écrivain de polars - son premier roman Aux animaux la guerre (Actes Sud) a été adapté pour lui même à la télévision-, ce deuxième opus adopte quelques registres du genre mais va au-delà pour peindre une société de province près du Luxembourg dans les années 90, dans des endroits inventés mais faciles à identifier comme des catastrophes industrielles. C'est le portrait d’une France sinistrée. Continuer la lecture...

AUTEURS DE LA BD 'LES INDES FOURBES'

Alain Ayroles/Juanjo Guarnido : “Il y a une facette cathartique et une facette de récit d’évasion”

VICENÇ BATALLA | Le dessinateur Juanjo Guarnido et le scénariste Alain Ayroles au Festival d'Angoulême en janvier, avec le personnage de Les Indes fourbes en toile de fond
VICENÇ BATALLA | Le dessinateur Juanjo Guarnido et le scénariste Alain Ayroles à Angoulême, avec Pablos de Séville en toile de fond

VB. Le succès de Les Indes fourbes (Delcourt, 2019), une bande dessinée sur les aventures d’un fripon castillan dans l’Amérique Latine du dix-septième siècle, ne se dément pas. Le scénariste français Alain Ayroles et le dessinateur espagnol Juanjo Guarnido ont imaginé une continuation de El buscón que Francisco de Quevedo avait laissé en 1626 comme exemple de littérature picaresque d’une époque avec le personnage de Pablos de Ségovie en train de s’embarquer pour les Indes et Eldorado. En lui donnant une suite, en plein territoire des Incas et règne d'huissiers et vice-rois, les auteurs ont réuni un large public d’amateurs de planches épiques mais aussi de lecteurs avides d’histoires de ce temps-là qui peuvent résonner avec la picaresque d’aujourd’hui. D’abord, elle est apparue en août dernier à Delcourt la version originale française avant qu'en novembre ne sorte la version espagnole chez Normal Editorial. Au Festival d’Angoulême de janvier, sollicités de partout, on a réussi à les interviewer entre signatures, rencontres avec le public et séances photographiques. Continuer la lecture...

MUSIQUE

Serge Vilamajó, entre Paris, Barcelone et la milonga

SUNSUN STUDIO | Manon Doucet, voix, et Serge Vilamajó, guitare, en tant que duo Amapola
SUNSUN STUDIO | Manon Doucet, voix, et Serge Vilamajó, guitare, en tant que duo Amapola

VB. Le musicien Serge Vilamajó a fait un voyage de Barcelone à Paris pour continuer d’apprendre et chercher ses racines. Une fois installé à la capitale française, il a continué de creuser dans ses origines, dans ce cas à l’intérieur de la Catalogne. Et après de multiples rencontres, il a fini par former un duo de sonorités latino-américaines avec la voix de Manon Doucet baptisé Amapola avec qui ils ont sorti l’album Todo cambia en plein confinement. Depuis sa récente installation à Montpellier, ce recueil de chansons de compositeur·trices hispanique·es avec l’accompagnement des ami·es argentin·es a résonné par internet et à travers les réseaux en attendant de retourner aux chers concerts. Conversation à distance avec Vilamajó sur ses projets personnels, ses multiples collaborations en folk, jazz et autres musiques ainsi que sa carrière comme compositeur de bandes sons. Continuer la lecture...